Archive for mars 2010

Tragique vérité

mars 28, 2010

Comme la vérité est par essence tragique, le mensonge et l’illusion régneront encore longtemps parmi les hommes.

le Nocher

mars 27, 2010

comment le poète meurt-il ?


ombre qui traverse le canevas
de la pâte vivante
figée pour toujours dans le tenace

altérité bringuebalante
offerte comme une parole nue

chirurgien du sens
qui répare la brisure de l’être –


tu t’éloignes toi aussi



Rumination # 1

mars 20, 2010

Deux thèses s’affrontent, ici comme ailleurs, quant à l’inspiration quasi divine du vieil Homère. L’une pour défendre cette filiation céleste du poète lui prêtant une imagination hors du commun qui l’aurait amené à créer ex nihilo ses héros tels Achille, Hector ou Ulysse, l’autre thèse moins mystique accorde une large place à la tradition orale qui ferait d’Homère un génial compilateur. Malheureusement pour la première, la science, cette horrible araignée qui met toujours les pattes dans le plat pour sans cesse dessiller nos doux yeux rêveurs, vient encore de nous ôter une de nos illusions. De fait l’archéologie récente a retrouvé sur l’ile d’Ithaque et ailleurs des vases grecs antérieurs aux épopées homériques qui relatent déjà les aventures d’Ulysse.

Si les auteurs latins comme Ovide, Horace ou Virgile reprennent les légendes dans le corpus écrit grec, les origines de ce dernier sont avant tout orales. La poésie de la fin du Moyen-âge, celle de Pétrarque par exemple avec ses sonnets procède du même ordre quand il veut abandonner le latin au profit des dialectes italiens qu’il va piocher dans sa langue maternelle orale ou chez les troubadours provençaux et siciliens. Pareillement les origines de la langue écrite française comme avec Villon ne sont qu’une lutte incessante entre la culture gréco latine, les dialectes et même l’argot parlé. De même le XVIIe siècle français qui dominait l’activité intellectuelle européenne s’est pour une part constitué autour des discussions de salons très en vogue à cette époque et ont donné comme dans les maximes de La Rochefoucauld ou les aphorismes de La Bruyère une concision et une densité dans l’expression écrite tout à fait prodigieuses.

Pour en revenir à notre débat initial, quiconque s’est essayé à l’écriture sait bien qu’au fond la part octroyée à l’imagination dans cette activité est somme toute fort restreinte. Une fois la dette reconnue à la masse considérable de ce qui s’est dit et écrit avant nous et notre capacité technique à user des mots qu’on couche sur le papier, le travail de pure création devient vite peau de chagrin.