Archive for avril 2010

Les amants

avril 29, 2010

De jeunes amants assis à coté de moi ont l’air de s’apprendre, de se respirer dans le crépuscule mauve d’automne. J’entends leur babil insignifiant comme un essaim bourdonnant sans cesse à mes oreilles et qui recouvre le bruissement soyeux du vent dans les cyprès. Un tressaillement de fièvre me fait m’enfuir loin de ces insouciants et je sais que je penserai longtemps encore au poudroiement de leur regard comme une blessure dans mes journées mornes.

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Rumination # 2

avril 25, 2010

Platon a toujours préféré les mathématiciens aux poètes affublant ces derniers d’immoralité chronique. Ainsi dans la République le plus grand des philosophes reproche injustement à Homère de ne rien avoir apporté à la cité comme règle de conduite au contraire de Pythagore dont la doctrine était principalement basée sur des principes moraux. On ne peut que donner raison à l’Académicien, la poésie, si elle était morale tomberait très vite dans le prêche et le sermon. Bien au contraire elle est toujours subversive, dérangeante, transgressive donc immorale.

Arrêtons-nous un instant sur l’histoire et les origines de la poésie occidentale pour réhabiliter une poétesse qui m’est chère. Si Homère parait, à juste titre, le père incontesté de cette discipline néanmoins la structure et le mètre épique qu’il utilise ont, semble t-il, bien plus favorisé le théâtre et le roman que la poésie elle-même. Au reste, à part Virgile, tous les poètes qui se sont essayés à ce genre épique s’y sont cassés les dents. Ronsard disait que l’alexandrin sentait trop la prose, Voltaire que le théâtre en vers n’était pas la vraie poésie, tous deux ont fait de vains essais dans l’épopée ou la tragédie. Même Hugo, sans doute l’auteur ayant le plus de capacité dans ce style n’a avec la belle légende des siècles composé qu’une suite fragmentaire chronologique et historique mais peu épique. Les origines de la poésie occidentale antique, moyenâgeuse, et moderne sont à chercher du coté d’une ile grecque dénommée Lesbos qui donna naissance à Alcée, poète aristocrate, et à la sulfureuse Sappho. Si un auteur compose actuellement un poème en quatrains et quand le lecteur le parcourt on le doit en grande partie à ces deux lesbiens. Horace les as utilisés, copiés et ressuscités dans de magnifiques odes et nous donne un aperçu de la beauté que pouvait contenir ces œuvres disparues. Sappho, qui au VIIe siècle ne vivait que pour l’amour de ses compagnes et de la poésie peut donc être considérée avec Alcée comme étant à l’origine de la structure poétique actuelle mais aussi de toute la poésie amoureuse vue par une femme pour des femmes dont d’illustres descendants mâles tels Horace en premier mais aussi Ovide, Dante, Pétrarque, Ronsard et bien d’autres se sont appropriés ce genre lyrique. On peut dire quand 2000 ans plus tard une Louise Labé compose des sonnets en incitant les femmes à délaisser quenouilles et fuseaux que cette lyonnaise s’inscrit, peut-être sans le savoir, dans la droite ligne d’une féministe saphique.

Notre divine poétesse lesbienne représentait bien évidemment ce que les anachorètes chrétiens exécraient le plus qui voyaient en elle la quintessence la plus vicieuse du dégouttant paganisme. Les œuvres dont il ne nous reste que quelques fragments furent brûlées dans de violents autodafés au IV et XIe siècles. O vertueux dévots il ne vous sera jamais pardonné ces abjects attentats.

Revenons à nos matheux. Ceux-ci sont beaucoup plus carrés, aimant plus le bon ordonnancement du monde, de la nature et des choses, n’hésitant pas à tout mettre en équations et à voir dans les maths (tout au moins avec Platon et les pythagoriciens), dans les nombres et les figures, le principe, l’élément, l’origine de toutes choses. Pour toutes ces raisons nous avons là affaire à des gens très dogmatiques donc très moraux. J’adore les maths mais Dieu que la poésie est belle !

Ces mains…

avril 24, 2010

dans les pointillés du vivre
les empreintes d’éboulis s’amoncellent

les mains
ces mains ossues
qui seules pourraient parler

puis le vide
infini   –  à perte de vue
l’ombre anthracite de nos parois

ton corps est mien
aussi aveugle dans les reflets de l’instant

mains torves et craquelées
pétries par les ans –
quand pourront-elles dormir


Tant et trop…

avril 22, 2010
à tant parler de tes yeux
sous les magnolias du printemps

à trop fuir dans tes mains
par temps d’angoisse et d’orages

à tant me réchauffer dans tes cheveux
quand la brume pénètre mon âme et mes os

à trop me recroqueviller sur ton ventre
pour effacer les soucis du temps sans sommeil

à tant et à trop – mais puisque la vie piétinée
n’est que balayures et poussières

à trop et à tant – je ne sais plus où aller

Mourir d’amour

avril 16, 2010

Parce que leurs femmes étaient belles et leurs jeunes gens chastes il fut un temps ou les arabes du IVe et Ve siècles de la tribu des Azra ou des Benou Fazarat pensaient que mourir d’amour était une douce et noble mort. Ainsi parmi ces tribus fleurissait un grand nombre de martyrs de l’amour. Il faut être bien fou pour s’imaginer que mourir pour Allah se justifie plus à nos époques modernes.

à la nuit…

avril 14, 2010
à la nuit borgne
de ton ventre en écho
de tes caresses d’angoisse

corps à corps

nous étreignons les crépuscules
pleins de sable
toujours à débusquer
quelques réminiscences embuées

jouir ce jour n’est pas du jeu

Conseil

avril 8, 2010

Conseil (si je peux me permettre) aux jeunes poètes – Attendre d’être bien écorché par la vie et beaucoup lire.

L’ombre

avril 1, 2010

(encre Sylvia Mota)

l’ombre transparente

s’ébroue sur la sente obscure

opaque clarté