Archive for septembre 2011

Hybris

septembre 29, 2011

Entre chien et loup, quand l’aube encore grelottante passe le relais et les consignes à l’aurore qui piaffe d’impatience, c’est souvent là que les oiseaux sont les plus fous et les plus vulnérables. Débordants d’énergie après une nuit de repos, ivres des effluves du petit matin et pas encore arraisonnés par les monstrueuses machines des bipèdes humains, nombreux sont ceux qui terminent leur vol dans la calandre d’une voiture. Il fut un temps où baignant dans l’univers d’Ovide et de Virgile je voyais, quasi réellement, des naïades se glisser, à mon approche, dans l’eau de la Mérantaise, petite rivière qui serpente paisiblement au fond de ma vallée. C’était l’époque aussi où, pris d’une nostalgie holderlinienne, la poésie me forgeait un esprit et une personnalité rétifs à toute modernité. La technologie m’était monstrueuse et je craignais que l’humanité dans sa folie prométhéenne ne soit, comme dans le mythe, dévorée par l’aigle du dieu. Ainsi je comparai les motards arrimés à leur bolide rugissant aux dangereux centaures de l’Odyssée. En écrivant ces lignes je songe aux petits écoliers grecs d’antan qui apprenaient Homère par cœur et je ne peux m’empêcher de penser que mon imagination a été en partie tuée ou, au moins, atrophiée par une enfance catéchisée.   

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Embrasser la pluie

septembre 6, 2011

Un filet d’eau de pluie serpente sur la vitre où glisse la mélancolie des matins d’automne. Les yeux fixant l’horizon humide s’oublient dans des souvenirs d’enfance jamais éteints. Abreuvé de nostalgie on guette la stridulation de l’oiseau ou de l’insecte qui, le premier, encouragera de son chant le retour de la clarté trop timide. Puis on s’en retourne au quotidien sachant bien que tout ceci n’était qu’élucubrations de poète et que la vie, la prose de la vie, la grande dévoreuse, ne s’attardera pas à ces songeries bruineuses.