Archive for octobre 2011

Pépin d’automne

octobre 22, 2011

La chronique du vent sous les parapluies d’automne, la rosée du matin dans la senteur de la terre ou une brise qui s’éloigne avec ses essaims de feuilles ne sont que propos de poète. Ce dernier, toujours à l’affût de l’indicible, affirme que le silence n’est pas muet, que se taire veut dire et surtout qu’il faut sourire et s’éprendre d’un regard d’amante. Tandis que la fureur du monde  jacasse ses cris de guerre il faut boire les nuages et planter sa tente au ciel, laisser sa pensée cheminer dans le bruissement du soir et respirer le parfum d’un tilleul par une chaude nuit d’été. Mais le langage du poète est trop étrange, trop déstabilisant pour ce monde qui craint toujours l’absurde. Son breuvage est sans doute trop fort pour la cité nourrie au pain quotidien de l’incessante actualité.

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La vague

octobre 13, 2011

Huile sur toile, Marie Hercberg

 

Le fumeur de houka

octobre 10, 2011

Les poètes ne redoutent rien plus que le consensus mou. Le juste milieu en philosophie ou le centre en politique n’est pas leur affaire. Sympathisants du désordre ils n’ont de cesse qu’à mettre un peu de bazar dans nos têtes. Exaltés, ils sont amoureux fous de la passion et jamais les derniers à monter sur les barricades des révolutions. Leur caractère ombrageux ou, au contraire, ardent,  leur interdit bien souvent de s’intégrer correctement dans la cité où on les assimile parfois à de doux déments ou de dangereux hallucinés. Il y a bien longtemps qu’ils ont apprivoisé le diable pour, de temps en temps, se compromettre avec Dieu. Aimant vivre dangereusement, la mort leur est souvent une amie qui pimente la vie. Bien plus que le désespoir dont ils ont su se faire un allié, les poètes ont pourtant un ennemi implacable qui, tel un crotale fourbe et silencieux, s’insinue dans les moindres interstices de leur esprit. Je parle évidemment de ce « monstre délicat », de cette arantèle velue qu’est…l’Ennui.

Bariolis

octobre 6, 2011

Passer de Virgile au nouveau testament c’est demander à cet esclave du mythe de Platon, qui s’est enfin libéré de ses chaînes pour respirer l’air pur, de redescendre dans la caverne. Du reste la grande question métaphysique qui coure tout au long de cette fable est bien celle-là : faut-il retomber dans cette antre pour libérer un de nos anciens compagnons d’esclavage ? Faut-il, donc, s’abîmer dans le christianisme quand on a goûté au miel de la poésie antique ? Face aux timides minarets qui poussent ici ou là, aux turbans et autres boubous qui fleurissent facilement dans les rues, et aux femmes qui parfois se voilent sous nos doux climats, sans doute n’est-il pas superflu de proposer le nectar et l’ambroisie païens comme assaisonnements à l’hostie chrétienne. Puis n’oublions pas de toujours louer les vertus de la bigarrure en acceptant la djellaba à côté du costume cravate, du voile à côté de la minijupe et dépêchons-nous d’importer les si jolis Saris Indiens qu’on ne voit pas suffisamment dans nos campagnes et puisque nous vivons à l’époque de la libre entreprise qui a vu le capitalisme mettre à bas son adversaire le plus direct, empressons-nous aussi d’instaurer la concurrence entre les dieux.