Archive for novembre 2011

Heidegger

novembre 30, 2011

Bien plus que la pire des religions prosélytes, l’Occident répand son idéologie sur toute la planète (et au-delà) à l’aide d’une divinité implacable et protéiforme, la technologie.

Bach à Chartres

novembre 24, 2011

Notre-Dame est la plus célèbre, celle de Beauvais peut-être la plus belle, celle d’Amiens la plus aérienne, celle de Reims la plus royale, celle de Bourges la plus massive et celle de Chartres la plus authentique avec plus de 80% de son architecture, de ses sculptures et vitraux conservés. Construite sur d’anciens cultes païens c’est aussi cette dernière qui a, d’après moi, la plus belle âme en s’inspirant de l’héritage gréco-latin avec les arts libéraux sortis de la poitrine de la philosophie. Ainsi la musique, l’arithmétique, la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la géométrie et l’astronomie mais aussi la peinture et la médecine sont représentées, entre autres, par les sculptures de Ptolémée, Aristote, Cicéron, Archimède, Pythagore, Euclide et Platon qui trônent dans les voussures de la grandiose bâtisse.  Bach et les cathédrales, c’est bien ce qui m’a toujours empêché de complétement tomber dans l’athéisme !

Non sens

novembre 18, 2011

le poète préfère s’éprendre du monde ou le haïr plutôt qu’à lui donner du sens.

Paul Mathieu

novembre 15, 2011

En venir au point – Paul Mathieu, Ed. Phi. 15 euros. Parfois il me faut lire à plusieurs reprises un recueil avant de me décider à écrire quelques lignes à son sujet. Tel ne fut pas le cas avec celui de Paul Mathieu quand je tombais, dès les premières pages, sur ces vers, On marche dans le provisoire / et dans la boue / on marche sans avancer. Il y a des ouvrages aussi vite oubliés que lus et quelques-uns, comme celui-ci, dont les Scènes et la Nuit – ce sont les titres des deux premières subdivisions –  nous prennent à la gorge tant il y règne une mélancolie lucide de bon aloi laquelle nous oblige à toutes les nuits / dormir avec / le passé sur les épaules.

Pour, sans doute, nous donner un peu d’air et de soleil l’auteur nous emmène dans l’Atlas sur la route de Dar El Beida où les arganiers piqués de chèvres naines sont un prodigieux poème hissé à la faveur des branches. C’est aussi là qu’à l’anse du ciel / vide non évité / l’oiseau cueille l’envers. Mais cette escapade ensoleillée n’est que de courte durée il faut parler dans le noir et s’interroger sur notre siècle attablé au crépuscule en marche déjà à l’extinction des feux mais à tisonner encore la cendre. C’est avec cette écriture en prose, certainement plus propice à la réflexion poétique qu’une esthétique verticale qu’il manie tout autant dans ces pages que Paul Mathieu égrène son univers où l’inquiétude n’est jamais bien loin.

Parfois au détour d’un vers il nous faut, peut-être, consulter notre dictionnaire pour quelques Topiaires et autres Grignes ou encore une ou deux Eteules disséminées par-ci par-là mais cette érudition de professeur de français, ce qu’est notre auteur à la ville, n’a rien de pédant ni d’emphatique. De même, sans en abuser, le poète ne dédaigne pas quelques belles images comme ces litières du hasard ou les parenthèses du cri et encore aux ourlets des nervures urbaines comme il n’hésite pas non plus à s’interroger sur son travail d’écriture en poésie. Quelquefois la quête métaphysique se fait plus pressante comme s’il fallait distancier un peu le pessimisme ambiant. Elle revêt alors l’habit des grandes figures héroïques et mythologiques comme Ulysse, Charybde, Sisyphe ou Icare permettant à l’auteur un questionnement de l’autrefois jusqu’à maintenant dans un incessant va-et-vient qui lui fait dire l’encre a-t-elle pu prendre le large ? et d’affirmer que le but du voyage a peu d’importance et qu’à trop errer le monde / on finit par maudire le ciel / avant de semer les doutes / un peu plus loin.

L’ouvrage aurait pu en rester là mais, commencé avec Ulysse pérégrinant sur les eaux de la Méditerranée, Paul Mathieu continue sa réflexion poétique avec la mer comme horizon avant de clore son recueil sur une note un peu plus légère avec ce funambule qui, comme le poète, (mais c’est moi qui rajoute) hisse les étoiles à mesure de son pas.

 Ceux qui connaissent Paul Mathieu (comme un peu moi) pour l’avoir côtoyé savent que la teneur quelque peu désabusée et mélancolique (laquelle est aussi, souvent, un bon ressort poétique) de cet ensemble généreux de plus d’une centaine de pages, ne correspond pas forcément au caractère plutôt enjoué et épicurien du personnage.

Paru dans le n° 63 de la revue Traversées

Socrate

novembre 10, 2011

A force  de sonder l’infiniment petit quantique comme les immensités nébuleuses l’homme réussira peut-être, enfin, à mettre la main sur lui-même.

Les mots

novembre 6, 2011

les mots entrelacés de vide
ont la saveur du givre

ils chantent pourtant la danse
étoilée de l’oiseau et la tristesse
de la mer qui vomit ses naufrages

tour à tour ils engendrent et tuent
les dieux sous l’horizon sans âge

parfois ils se penchent avec la mort
(l’immonde brute) au-dessus
d’un berceau qui s’étiole

mais chacun d’eux n’a qu’une seule harangue
qui dit la passion de vivre et d’aimer…
jusqu’au désespoir

L’Hydre

novembre 1, 2011

L’artiste est ce névrosé qui s’évertue à vouloir terrasser, sans jamais y parvenir, le monstrueux dragon aux mille têtes qu’est le réel.